Durant l’antiquité
Les appuis-tête s’appelaient « chevets ».
Pour dormir les Égyptiens faisaient usage d’un appui-tête. L’appui-tête était composé d’un socle, rectangulaire ou ellipsoïdal, qui assurait la stabilité d’un support vertical soutenant une partie supérieure en demi-lune. La demi-lune supportait un petit coussin sur lequel reposait la tête. Le chevet était fait de bois, terre cuite ou de pierre, il pouvait être décorer. Le chevet était présent sous cette forme dès la 11ème dynastie. Cet objet était lié par son utilité au monde nocturne, donc inquiétant. Les divinités qui décoraient le chevet devaient veiller sur les dormeurs, on y trouvait le dieu Bès et la déesse hippopotame Thouéris.
La forme du chevet symbolise les deux collines entre lesquelles le soleil se lève à l’horizon, matérialisant l’ascension du mort vers le ciel. Parfois deux lions, symbolisant l’horizon, ornaient son pied. Le défunt assimilé au soleil levant rejoint la vie divine et céleste. Ce soulèvement de la tête symbolise le lever du soleil.
Ce chevet imite un pliant miniature. Il est en ivoire teinté de rouge, jaune, vert et noir. L’appui-nuque est en perles d’ivoire enfilées teintées de rouge, vert et noir. L’appui-nuque est garni du masque du dieu Bès tirant la langue à chacune des extrémités. Les pieds, munis de charnières en or, se terminent par des têtes de canard. Les pattes s’appuient sur des barres horizontales en ivoire teinté de jaune.
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Le chapitre 166 du « Livre des Morts » commence par:
« Formule pour le chevet: « les menout t’éveillent, toi qui étais endormi., ils t’éveillent à l’horizon. Dresse-toi! Tu as été proclamé victorieux… »
Les chevets de Toutankhamon sont en bois stuqué et doré, en verre bleu turquoise, en faïence bleue, en ivoire. Dans l’étagère du dessus représentation du pilier djed.
Ce chevet est en ivoire, il est constitué en deux éléments (au niveau de la poitrine du dieu), il est sculpté à l’effigie du dieu de l’air Shou. Le dieu est agenouillé, soutenant sur ses épaules l’appui nuque incurvé, représentant le ciel. Les deux lions symbolisent l’horizon.
En Egypte et avec Toutankhamon
On a retrouvé huit chevets dans la tombe. Celui-ci, taillé dans deux gros morceaux d’ivoire, est le plus précieux, il avait été déposé, avec trois autres, dans un coffre de l’Annexe. Il était normalement destiné à soutenir la tête de la momie, mais sous la tête de Toutankhamon on avait en fait substitué à l’appui-tête une amulette en forme de chevet.
H : 17, 5 cm – L: 28,8 cm
Le dieu Shou (dieu de l’air) soutient le cintre du chevet comme il soutenait la voûte céleste (Nout) qu’il avait voulu séparer de la terre (Geb). Le dieu est agenouillé sur un monticule symbolisant le soulèvement de la terre. Sur son dos une ligne d’inscription mentionne le roi sous son nom de couronnement : Nebkhéperourê. Sur chacun des côtés, un lion est couché, dos au dieu. Ce thème des deux lions se tournant le dos se retrouve très souvent dans le Livre des Morts et dans les textes mythologiques, ils peuvent représenter les génies-lions qui gardent les portes de l’horizon. La plupart du temps on voit le soleil renaissant surgir de leur dos. En général, la queue du lion est représentée enroulée autour d’une cuisse, ce n’est pas le cas ici, elle est figurée à plat sur le sol, le long d’une patte. Il semble que cette représentation atypique soit une caractéristique de l’époque de Toutankhamon car on retrouve cette anomalie sur les lions de Soleb (au British Museum) exécutés pour le même roi.
Il se peut que les Egyptiens aient utilisé des chevets pour dormir dans la vie quotidienne mais on est certain que le chevet était un objet funéraire d’importance pour la renaissance du défunt. Dans le Livre des Morts, le chapitre 166 est consacré entièrement au chevet. Le mort, considéré comme un malade qui dormait, est assuré qu’avec le chevet sa tête sera élevée vers l’horizon. Le défunt est comparé à Horus et grâce à l’appui-tête, plus jamais dans l’avenir sa tête ne pourra lui être ôtée. Les Egyptiens prenaient garde à ce que la tête ne se détache pas du cadavre, ce sont les ennemis qui sont décapités et de ce fait, ils ne pouvaient renaître.
Dans certaines tombes de concubines du mort on a retrouvé des figurines qui représentent une femme nue, coiffée d’une lourde perruque, couchée sur un lit, la tête reposant sur un chevet. Ces figurines avaient pour objet de stimuler l’énergie sexuelle du défunt. L’appui-tête pourrait donc avoir aussi un rôle magique sexuel.
Quoi qu’il en soit, le chevet assure bien un rôle protecteur de la momie, le fait que la tête soit soulevée symbolisait le lever du soleil auquel le défunt renaissant est toujours comparé. Parfois, on plaçait sous le chevet un talisman magique rond, inscrit de formules qui permettaient au soleil de renaître. Alors, la chaleur se communiquait au cintre du chevet et la tête de la momie, irradiée par ce fluide, se redressait pour connaître son réveil d’éternité en même temps que l’astre solaire montait doucement dans le ciel.
De l'Egypte à nos jours
Des tombeaux égyptiens de la Ill• dynastie (2600-2500 av. J.C) jusqu’aux campements des Turkana du Nord kényan, un modeste objet de bois, dont les origines se perdent dans la nuit des temps, a traversé, presque intact, près de cinquante siècles : l’appui-tête, également appelé repose-tête.
Cette exceptionnelle longévité, cette permanence remarquable des structures et des formes, l’appui-tête les doit à sa fonction première, qu’il remplit à la perfection : offrir un support pour le repos d’un détenteur soucieux de préserver l’ordonnancement de sa coiffure. L’ancienneté des appui-tête égyptiens, dont on trouve d’ailleurs des exemplaires ornementaux·en ivoire, en céramique ou en albâtre, ne leur confère cependant aucun caractère originel. Répandu depuis les falaises de Bandiagara au Mali, où les Tellem le fabriquaient entre le onzième et le quatorzième siècle de notre ère, jusqu’au sud du continent, où certains peuples bantu, comme les Himba du nord de la Namibie, continuent de l’utiliser, l’appui-tête est en effet un objet authentiquement africain. Les civilisations du bassin du Congo en offrent de somptueux exemples, auxquels certains appui-tête recueillis chez les Bantu d’Afrique australe, plus portés à la stylisation, n’ont du reste rien à envier.
Un objet hérité de l’Antiquité
Les appui-tête monoxyles de la vallée du Rift ont pour caractéristique, sans doute unique au monde, d’être directement issus de formes en usage dans la plus haute Antiquité – dont attestent les chevets sortis des nécropoles de Thèbes et des tombes de Kafr Ammar – et d’être encore fabriqués de nos jours dans toute la Corne de l’Afrique, notamment par les ethnies du désert danakil, de la basse vallée de l’Omo et de I’aire karamojong ».
La similarité de formes (un socle quadrangulaire surmonté d’un élément de soutènement sur lequel repose un plateau incurvé) est en effet frappante entre les chevets égyptiens ou ûres2, dont on se servait encore à la fin de l’Antiquité, les appuis-tête livrèrent les fouilles réalisées en Nubie entre la première et la troisième cataracte du Nil, et qui furent en usage entre 2000 av. J.C (culture dite« Kerma », puis méroïtique) et la première moitié du dix-neuvième siècle, et le metar’as dont les Bedja, les Tigré et les Saho des rives de la mer Rouge se servaient encore dans les années 1950.
Cette forme très classique, que l’on retrouve dans son élégante sobriété en Éthiopie, chez certains clans oromo (tels les Karayyu de la haute vallée de l’Awash et les Arsi de la région de Shashemene) et, dans une certaine mesure, chez les Somali du Sud, se décline abondamment dans toute la région, avec quelques constantes : ainsi l’usage exclusif du bois pour le corps de l’objet, agrémenté parfois d’ornements de cuir, de métal ou de verroterie, l’emploi d’un seul morceau pour sa fabrication (auquel seuls semblent avoir parfois dérogé les Oromo de l’ancien royaume de Jimma) et la tendance à la stylisation, associée à une absence systématique des représentations anthropomorphes ou zoomorphes si fréquentes dans le bassin congolais.
L’utile et le beau
Parfois assez solide pour servir également de siège, l’appui-tête était encore utilisé, il y a à peine une cinquantaine d’années, par la quasi-totalité des peuples de la Corne de l’Afrique, à l’exception notable des grands peuples de langue sémitique de l’Abyssinie historique (les Amhara et les Tigréens ne le connaissent pas, pas plus que les Argobba et les habitants de la cité de Harar), ainsi que de certains clans somali et de quelques populations sédentaires de langue omotique établies dans les montagnes du sud-ouest de l’Éthiopie.
Partout ailleurs, de Port-Soudan jusqu’au lac Baringo et du nord-ouest de l’Ouganda à l’océan Indien, l’appui-tête constituait un élément de la culture matérielle, indissociable des coiffures traditionnelles très élaborées dont la pratique était répandue dans toute la région, et dont il accompagne du reste le déclin. Cette corrélation, que certains auteurs mettent en doute, apparaît comme une évidence.
Si les étonnantes formes que les habitants du royaume de Kaffa donnaient jadis à leur chevelure appartiennent à un passé révolu, et si les Bedja et les Somali ne portent plus que rarement les cheveux longs, taillés en demi-lune, d’autres peuples continuent d’apporter le plus grand soin à leur coiffure : les Afar et les Oromo animistes du sud de l’Éthiopie arborent encore aujourd’hui des tresses enduites de graisse ou de beurre ; dans la vallée de l’Omo et le nord-ouest du Kenya, chez les peuples influencés par la culture karamojong (Pokot, Turkana, Nyangatom, Daasanech, Hamar, Bena, Kaara, Ts’amako), les hommes adultes portent encore le traditionnel chignon recouvert d’argile qui, orné de plumes et de pompons, retombait jadis jusqu’au milieu du dos.
Que l’usage quotidien de l’appui-tête se soit précisément maintenu parmi ces peuples n’est pas le fruit du hasard.
Figure ci dessus. Des chevets égyptiens aux appui-tête de la vallée du Rift: une parenté manifeste.
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Mais cette fonction essentielle de l’objet, qui est d’assurer le repos de son propriétaire tout en préservant sa coiffure, n’en gouverne pas universellement l’usage. En effet, celui-ci s’est maintenu ou étendu à des peuples qui n’accordent pas un soin particulier à leur chevelure ou, à l’instar des peuples de langue surma, établis aux confins du Soudan et de l’Éthiopie, se rasent tout simplement la tête. Par ailleurs, l’appui-tête a d’autres fonctions, qui varient de place en place et en font bien autre chose qu’un simple et anodin élément du mobilier. Nous dirions volontiers en Occident de l’objet qu’il est à la fois utile et beau. Il est facile de se procurer la matière première nécessaire à sa fabrication et le tailler ne requiert pas de techniques particulièrement complexes ; il est aisé de le transporter, pourvu que l’on ait pris soin de le munir d’une lanière de cuir tressé ou d’une boucle en laiton ; |
Les occasions de s’en servir ne manquent pas : on peut éventuellement en faire un siège, y appuyer la nuque ou la joue pour dormir ou se reposer, y attacher une petite tabatière en corne ou un étui à tronas, y fixer par en dessous un petit éclat de miroir, entreposer dans le creux de son socle quelques onces de beurre, l’échanger avec celui d’un ami ou le léguer à son fils aîné.
Doté de formes équilibrées, qui obéissent aux règles de la symétrie, gravé d’encoches et de motifs géométriques qui, au fil des mois, lui conféreront à la pointe d’un couteau distrait sa personnalité, il prend à l’usage une patine, un poli qui en font un objet de valeur et la fierté de son propriétaire. Notons au passage que, dans la plupart des langues locales, notamment celles des ethnies nomades, les notions d’« utile» et de «beau» se confondent, ou plutôt se transcendent. Ainsi, pour les Me’en du sud-ouest de l’Éthiopie, le robuste chakkam (appuie-tête/siège) taillé dans le bois rougeâtre de l’arbre tamshitest considéré comme un andeshe’i, une « chose bonne», « fonctionnelle », qui rend des services, répond le cas échéant à des exigences d’ordre rituel ou symbolique, et procure, lorsque le soin nécessaire a été apporté à sa fabrication, une satisfaction de nature indiscutablement esthétique.
La multiplicité des formes
La forme originelle qui relie directement les appuis-tête des Bedja et de certains Oromo orientaux à leurs ancêtres de Nubie et de l’Égypte pharaonique ne donne qu’une idée très vague de la prodigieuse diversité qui, dans toute la Corne de l’Afrique, régit leur production. Car l’objet est aussi, et surtout, un élément essentiel de l’identification, une marque de statut social, qui varie selon l’âge, le sexe ou l’appartenance ethnique de l’individu.
Chez certains peuples (Afar d’Éthiopie, d’Érythrée et de Djibouti, Hamar, Konso et Surma d’Éthiopie, Pokot du Kenya), l’appui-tête est l’apanage exclusif des hommes. Dans les régions où son usage quotidien s’est maintenu, c’est-à-dire essentiellement dans la vallée de l’Omo et dans la zone d’influence de la culture karamojong, l’appui-tête est même l’un des principaux emblèmes de l’homme, dont il apparaît en quelque sorte comme le « double matériel »1. Son propriétaire ne s’en sépare jamais, sauf pour l’échanger avec celui d’un ami proche ou en acquérir un nouveau lorsque son statut le permet ou l’exige, en prend grand soin et considère qu’il est de mauvais augure de le briser. Au sein d’autres groupes ethniques, l’appuie-tête est utilisé également par les femmes : I’ ekicho/ong des Turkana et des Nyangatom, le barkin des Somali et des Boni, le kaara des Daasanech, le gima des Guragé, le boraatti des Oromo Arsi comportent ainsi d’intéressantes variétés, toujours particulières, réservées à l’usage des femmes. Quant au borkano des Kambata et au qoyé des Kaffa, ils étaient employés exclusivement par les femmes. |
Un ancien des Pokot portant |
Certaines ethnies font preuve, dans la fabrication de leurs appuis-tête, d’un remarquable conformisme, qui ne permet guère à l’artisan d’exprimer autrement que dans de menus détails un quelconque souci d’originalité. C’est le cas des sièges/appuis-tête à tablette en forme de selle, Somali du Sud, de certains clans oromo, qui apparemment mis à l’honneur par le petit peuple reproduisent sans trop varier le repose-tête au des Kaara9. Chez d’autres, les gima ou gyima des Guragé, les boraatti des Oromo Karayyu et des clans du Balé et, surtout, les fidheyna des Afar présentent ainsi une infinité de variations, à travers lesquelles s’expriment tour à tour l’imagination, la technique et le sens artistique du sculpteur.
Répandus chez les peuples nilotiques du Sud-Soudan (Dinka, Shilluk, Nuer) et du Kenya (Samburu), les tripodes, généralement taillés dans une racine d’arbre, constituent une forme d’appui-tête archaïque, et sans doute originelle chez certains peuples de pasteurs de la Corne de l’Afrique. Souvent réservé aux jeunes garçons et aux hommes non initiés, le tripode coexiste parfois avec les appuis-tête monopodes, non seulement dans des zones où s’est exercée l’influence de la culture des pasteurs nilotiques (chez les Murlé du Soudan, les Anywak du bassin de l’Akobo, les Kaara, les Hamar et les Daasanech de la Vallée de l’Omo, les Rendille du Kenya11), mais également au nord de la vallée du Rift, chez les Afar et les Oromo Karayyu, décidément très éclectiques.
Les phénomènes de mode qui font évoluer rapidement le patrimoine culturel des peuples de la vallée du Rift, souvent d’ailleurs au détriment de la variété, n’ont pas encore empêché les appuis-tête de continuer à incarner, à l’instar des parures, des vêtements et des coiffures, l’identité souvent ombrageuse – parce que fondamentalement précaire et perpétuellement menacée – des ethnies de la Corne de l’Afrique. Même si les ekicholong utilisés dans l’aire karimojong accusent une forte tendance à l’uniformisation, même si, dans la région des grands lacs du Rift éthiopien, les cultures matérielles des différentes ethnies locales (Guragé Sebatbét, Silté, Kambata, Hadiya, Alaba, Janjero, Sidamo, Oromo Arsi et Tulama) sont soumises depuis plusieurs siècles à un processus d’interpénétration, nourri par des emprunts fréquents, il est encore relativement facile aujourd’hui de procéder, au besoin en suppléant la vue par le toucher et l’odorat, à l’identification des appuie-tête provenant d’Afrique de l’Est : aux Guragé Sebatbét le lourd chevet en forme de bloc au sommet incurvé, imprégné d’une forte odeur de beurre rance ; aux Afar l’appui-tête en bois d’euphorbe, au socle cruciforme et à la senteur légèrement poivrée ; aux Oromo Gujji du sud de l’Éthiopie l’élégant petit appui-tête en bois noir, dont le socle ovale est relié au plateau par de hautes colonnettes ; aux Pokot du Kenya l’appuie-tête au bois poli, couleur de miel, au plateau en forme de tuile ; aux Turkana le désormais rare amakuk en forme de U renversé, taillé dans le bois d’acacia aux sombres veinures.
Objet de collection depuis longtemps, d’étude depuis peu, l’appui-tête est resté dans le nord de la grande vallée du Rift un objet vivant et perpétuellement renouvelé, à travers lequel s’exprime, de manière parfois très créative, l’art de peuples pour lesquels la beauté, sans pour autant être une fin en soi, n’en est pas moins une manière de rehausser l’utile et de conférer à l’objet, si modeste soit-il, ses lettres de noblesse.
Collectionneurs célèbres du XXe siècle
Appuis-tête acquis par HeadrestParadise
Graham BECK
En 2005, Graham BECK homme d’affaires et philanthrope sud-africain avait acquis un ensemble unique d’appuis-tête africains et océaniens auprès de Jonathan Lowen.
Sous l’impulsion de l’artiste et curateur sud-africain Karel Nel, Graham Beck lui achète toute sa collection avec l’intention de construire un musée dédié à ces objets sur sa propriété de Steenberg Vineyards au Cap.
Malheureusement, il décèdera d’un cancer en 2010 avant d’avoir pu mener à bien ce projet.
Zulu, Tsonga, Shona… les 102 lots de la collection vendue en 2019 aux enchères de Bonhams illustrent par leur variété stylistique le savoir-faire virtuose des maîtres sculpteurs sud-africains, mais aussi océaniens. Objets du quotidien ou utilisés à des fins rituelles, ces appui-têtes célèbrent la richesse, mais aussi le statut marital ou social de leur propriétaire.
Extrait du catalogue Bonhams 2019 dont pièces acquises par la collection Headrestparadise
Appui-tête acquis par HeadrestParadise
Révérend JAQUES
Le plus célèbre des collectionneurs exclusifs d’appuis-tête est le Révérend Alexandre Auguste Jaques. Né en 1895 il a passé de nombreuses années à la Mission Suisse Romande » basé au sud-est de Makhado en Afrique du Sud. Il a alors collecté des appuis-nuque et sa collection de 114 pièces a été exposée à « L’African Museum » A cette occasion il publia même un article dans le Sunday comme la première tentative de nomenclature des appuie-nuque (essentiellement d’Afrique Australe). Une fois ce prêt échu en 1987 les appuie-nuque furent accueillis par la Johannesburg Art Gallery. La collection de la Johannesburg Art Gallery s’est encore étoffée avec ce qui s’appelle aujourd’hui la Brenthurst Collection.
Le rapport ci-dessous du Johannesburg Art Gallery est édifiant pour comprendre les difficultés d’un pays africain pour conserver son patrimoine. Des règles internationales ont été mises en place sans pour autant résoudre les problématiques de financement de l’art tribal en général.
« La collection de repose-têtes Jaques, totalisant 114 objets, rassemblée par le révérend A.P. Jaques au début des années 1920, est prêtée au Musée Africana depuis 1951.
Ces objets sont des exemples de la culture matérielle traditionnelle des peuples africains d’Afrique australe et constituent de beaux exemples de l’esthétique représentée par les combinaisons de formes abstraites utilisées dans leur construction et leur décoration. Ils illustrent la diversité des styles et représentent l’art tribal africain traditionnel. La collection a été déclarée trésor national par le Conseil National.
Les enfants du révérend Jaques ont mis la collection en vente pour la première fois l’année dernière et le directeur de la Galerie d’Art a cherché des fonds pour acheter la collection pour le Musée Africana, qui en avait pris soin pendant une période considérable. Les fonds n’ont pas été versés et la famille Jaques a informé le directeur de la galerie d’art qu’une offre ferme pour la collection avait été faite et que, à moins que le Musée Africain n’exerce son droit de premier refus, la collection serait vendue à l’acheteur – dont l’identité a été révélée au directeur.
À la lumière de ce qui précède, l’obligation du Directeur de la Galerie d’Art envers l’Africana Museum a d’abord disparu et la collection est désormais disponible à l’achat par la Galerie d’Art. On considère que la collection complétera la collection Lowen achetée par un acheteur privé et actuellement prêtée à la galerie d’art.
Les visiteurs internationaux de la Galerie d’art s’interrogent continuellement sur le manque de collections d’art africain, et cette acquisition servira de base à une telle collection.
Le comité de la galerie d’art et l’Anglo American Centenary Trust ont accepté l’achat. Le Trust dispose des fonds nécessaires et est prêt à effectuer le paiement dès que l’approbation de l’ achat sera donnée.
Extrait minutes du Comité du JAG
Appuis-tête acquis par HeadrestParadise
Jonathan LOWEN
Jonathan Lowen est un juge originaire d’Afrique du Sud, qui vit aujourd’hui à Londres. Il s’est procuré des objets auprès d’un large éventail de sources : antiquaires, marchés tels que Portobello Road, ventes aux enchères, etc.
Passionné par ces artefacts qui se font plutôt discrets dans les collections privées, ce dernier avait constitué un fonds tout à fait unique au fil des années, notamment avec des œuvres d’Afrique du Sud et du Zimbabwe.« Jonathan Lowen a commencé à collectionner des appuis-tête à la fin des années 60 lorsqu’il est arrivé à Londres, mais il avait le mal du.pays», raconte Fred Backlar, l’expert de la vente qui a rencontré le collectionneur il y a quelques années. « La majorité de sa collection a été vendue à la Johannesburg Art Gallery dans les années 80. Après avoir vendu la plus grande partie de sa collection, Jonathan Lowen a repris et affiné son travail de collecte.
La Johannesburg Art Gallery n’ayant pu réunir les fonds nécessaires pour acheter la collection de Lowen, celle-ci a été achetée par le riche homme d’affaires et philanthrope Harry Oppenheimer, qui l’a placée en prêt à long terme à la JAG. Après la vente de la collection Brenthurst à la famille Oppenheimer, Lowen a continué à rassembler des collections d’objets d’Afrique australe. Une grande partie de la collection Maritza été achetée par Maritz à Lowen].
Extrait du catalogue Bonhams 2019 dont plusieurs pièces ont été acquises par la collection HeadrestParadise
Appui-tête acquis par HeadrestParadise
J.L.LOSS
Un autre collectionneur connu, et également décédé, est l’américain Jerome L.Joss. Publicitaire de renom il a construit une large collection d’appuis tête d’Afrique en s’attachant à posséder la variété la plus large possible de formes, de styles, et de provenance, un peu dans l’esprit repris par la collection HeadrestParadise .
Sa collection a fait l’objet d’une publication. Aujourd’hui sa collection est visible au Fowler Museum à Los Angeles. Le livre de sa collection est un incontournable de toute bibliographie et d’illustration sur les appuie-nuque.
Appuis-tête acquis par HeadrestParadise
Vittorio MENEGHELLI
L’incroyable Vittorio Meneghelli, collectionneur d’art et humaniste, est décédé à Johannesburg, il avait 94 ans. Vittorio Meneghelli est né à Mirano en 1915, passant ses années scolaires à Venise. Jeune adulte, il devint comptable, quitta Venise et s’installa à Mestre. C’est là qu’il a rencontré la charmante Paolina, qu’il a épousée en 1941 sur les rives du lac de Garde.
Vittorio créa une entreprise de fabrication de chaussures – une grande tradition italienne – et, durant les dernières années de la guerre, il fabriqua et échangea la botte militaire standard, voyageant la nuit pour échapper aux mitrailleuses des forces alliées.
À cette époque, Vittorio rencontra le professeur et sculpteur Alberto Viani, qui allait être un ami et avoir une influence énorme, et c’est la raison pour laquelle il développa son amour pour les arts.
Après la guerre, Vittorio vendit l’usine de chaussures et voyagea en Afrique du Sud avec l’idée d’émigrer. Il a immédiatement aimé ce pays et a voulu réussir à se construire une vie en Afrique du Sud. C’est à la fin des années 1960 que Vittorino a effectué ses premiers voyages à travers l’Afrique et lancé Totem Meneghelli, une galerie d’art, à Johannesburg.
Dans les années 1960, alors que l’apartheid allait s’enraciner pleinement en Afrique du Sud et que les Africains noirs étaient relégués au statut de citoyens de seconde zone, il y a eu une croissance apparemment paradoxale de l’intérêt des cercles artistiques pour l’art des Africains noirs. Quelques acteurs du marché de l’art de Johannesburg, dont Meneghelli ont acquis d’importantes collections d’art africain historique, contemporaines dites de qualité africaine, et sont identifiés comme ayant alimenté cet intérêt.
Chez Totem, il exposa à la fois des collections d’art du reste de l’Afrique et organisa des expositions d’artistes locaux – il fut en effet l’un des tout premiers conservateurs à comprendre l’énergie sociale et créative de la curation et à générer des projets dynamiques auxquels de nombreux artistes participèrent avec enthousiasme.
A son décès, ses enfants et en particulier sa fille firent perdurer quelques années le rayonnement et la notoriété de cette galerie et de ses collections dont celle d’appuis-tête Sud-africains, bon nombre d’entre eux étant aujourd’hui intégrés dans la collection HeadrestParadise.
Extraits médias locaux 2009 et 2012
Appui-tête acquis par HeadrestParadise
Evan MAURER
Evan Maurer a rassemblé sa collection avec le plus grand soin pendant près de quarante ans. Ses critères d’acquisition étaient la valeur esthétique, la qualité sculpturale, la rareté et enfin l’état de conservation. Son œil avisé a été aiguisé par plus de cinquante ans d’activité artistique.
Concentré sur les beaux-arts et l’histoire de l’art, Maurer a obtenu sa licence au Amherst College en 1966, sa maîtrise à l’université du Minnesota en 1968 et son doctorat l’université de Pennsylvanie en 1974. Ses liens avec le Minneapolis Institute of Arts remontent à 1967, lorsqu’il a été stagiaire en conservation, puis en 1971, lorsqu’il est devenu assistant du directeur et conservateur. En 1973, il a été conservateur de l’art africain océanien et moderne à l’institut, avant de rejoindre l’Art Institute of Chicago, où il a été conservateur du département de l’Afrique, de l’Océanie et des Amériques et professeur adjoint pendant huit ans à l’école de l’Art Institute.
Maurer a été directeur du musée d’art de l’université du Michigan à Ann Arbor de 1981 jusqu’à ce qu’il rejoigne le Minneapolis Institute of Arts en 1988 en tant que directeur. Au Michigan, il est devenu professeur permanent d’histoire de l’art et a également présidé le programme d’études supérieures en pratique muséale.
Les appuis-tête ont été considérés par beaucoup comme des objets utilitaires ou ethnographiques, car certains collectionneurs d’art les marginalisaient dans cette catégorie. Ils deviennent aujourd’hui une valeur montante de l’art tribal et de l’art africain en particulier.
Les plus gros deals d’appuis-tête
Le record incontestable : Le Maitre des coiffures en cascade
Appui-tête Luba-Shankadi
République Démocratique du Congo
6 mars 2024,
1 673 500 EUR
PROVENANCE
Charles Ratton, Paris, France (#549)
Collection Madeleine Meunier, Paris, France, avant 1964
Un appui-tête du Maître de la coiffure en cascade
Par Bruno Claessens
L’art africain est considéré comme anonyme. Il est très rare de pouvoir attribuer une oeuvre à un artiste identifié. Néanmoins en Afrique Centrale un petit nombre de sculpteurs est sorti de cet anonymat en développant un style individuel identifiable par des traits formels spécifiques. Parmi eux, l’artiste de cet appui-tête est considéré comme un des plus importants artistes africains de l’époque précoloniale, bien que son nom ne soit pas connu. Charles Ratton, qui posséda plusieurs appui-têtes de cet artiste, avait sans doute conscience du caractère exceptionnel de sa production artistique. Bien qu’il ait vendu deux exemplaires pendant sa carrière (un avec une caryatide simple tenant une pipe, l’autre avec un personnage chevauchant un animal à corne), il avait conservé cette pièce jusqu’à son divorce avec Madeleine Meunier. Avec deux personnages assis face à face et une position unique des bras et des jambes, ce chef-d’oeuvre présente un dynamisme très rare dans l’art de l’Afrique Centrale.
En 1964, William Fagg et Margaret Plass, décrivirent l’appui-tête provenant de la collection Charles Ratton avec une seule caryatide et furent les premiers à identifier ce style très reconnaissable.
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En l’absence de sa vraie identité, ils désignèrent cet artiste Luba-Shankadi comme le «Maître de la coiffure en cascade», fondé sur l’aspect morphologique le plus important de ce style: la coiffure à doubles chignons agencés en cascade ornant ces personnages.
Cette «coiffure en cascade» (mikanda) était observée chez les Luba-Shankadi à la fin du XIXe siècle et ce jusqu’à la fin des années 1920 (fig. 1). Cette coiffure élaborée, portée par des femmes de position sociale élevée, était un emblème de rang ainsi qu’un attribut de beauté. Il fallait près de cinquante heures pour la réaliser, et grâce à l’utilisation d’un appui-tête pendant le sommeil, elle pouvait rester intacte durant deux à trois mois. Pour les Luba, la coiffure était d’une importance primordiale: elle était un signe de civilisation, une marque d’identité, et une mesure visible de la position sociale et de l’estime de soi d’un individu. Les figures soutenant le coussin sont donc sculptées avec la même coiffure que celle portée par sa propriétaire.
Grâce aux recherches d’Ezio Bassani, on peut situer l’origine géographique de ce style avec précision.
Le Museo di Antropologia e Etnografia de Florence détenait depuis 1902 un appui-tête de ce sculpteur collecté en 1901 dans le village de Kinkondja au bord du lac Kisale, par Ernesto Brissoni, un italien membre de la Force Publique dans la colonie belge du Congo.
Situé sur le versant occidental de la dépression de l’Upemba, près du lac Kisale, le petit royaume Luba-Shankadi de Kinkondja a toujours noué des relations privilégiées avec la cour de Kabongo.
Un peu plus de dix ans après l’identification par Fagg et Plass du «Maître de la coiffure en cascade», une étude stylistique des oeuvres qui lui ont été attribuées réalisée par Ezio Bassani a permis de distinguer le travail d’au moins deux artistes distincts ayant exercé entre le milieu du XIXe siècle et le premier tiers du XXe siècle (Bassani, 1976). Deux appuis-tête peuvent être attribués au ‘Maître A’: l’un provenant de la collection Kjersmeier aujourd’hui conservé au Musée National de Copenhagen, l’autre provenant des anciennes collections Baron Lambert et Hubert Goldet, à présent au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac et actuellement exposé au Pavillon des Sessions du Louvre. Les deux ont une caractéristique distinctive: les yeux sont globuleux et mi-clos tandis que ceux des autres appuis-tête connus sont fendus au centre. Une autre différence importante réside dans la largeur de la coiffure qui se développe plus en cascade pour les appuis-tête du ‘Maître B’. Deux autres caractéristiques uniques du style du ‘Maître A’ sont la présence de scarifications dans le bas du dos et à l’abdomen ainsi que la représentation de deux coiffures différentes: on aperçoit un personnage coiffé du double chignon en cascade Shankadi face à un autre ayant une coiffure cruciforme ajourée Hemba (kaposhi) – une dualité faisant peut- être référence à l’étroite relation entre le pays Luba et la diaspora Hemba, leurs voisins occidentaux.
L’auteur de notre oeuvre, le ‘Maître B’, fut le sculpteur le plus prolifique dans ce style classique Luba-Shankadi; trois autres appuis-tête à deux caryatides lui sont attribuables: un conservé au British Museum à Londres (fig. 2), collecté par Emil Torday en 1907 et décoré de colliers de perles, et deux autres vendus aux enchères (Sotheby’s, Londres 3 juillet 1989, lot 160 – collecté avant 1930, et Sotheby’s, Paris, 6 juin 2005, lot 31 – collecté entre 1936 et 1940 et provenant de l’ancienne collection Studer-Koch).
Un appui-tête (avec deux figures avec une pipe) d’un troisième artiste (moins talentueux) se trouve au Musée du Monde de Rotterdam. Enfin, le Musée Royal de l’Afrique centrale possède un exemple d’un quatrième maître (1909-04-18) qui fut collecté par Michaux entre 1890 et 1897 et qui est presque identique à un autre de la collection Malcolm aux Etats-Unis (cf. LaGamma, A., 2004: p. 32).
La coiffure en cascade ici est beaucoup plus compacte, la patine plus claire et la facture moins raffinée.
La majorité (douze exemples) des appui-têtes du «Maître B» ont une caryatide simple; sept se trouvent dans des musées:
Cinq autres se trouvent dans des collections privées:
Toutes les caractéristiques formelles classiques de ce style sont présentes dans cet exemple, avec avant tout la coiffure à double chignons agencés en cascade. Composé de deux personnages assis l’un en face de l’autre, chacun avec la jambe gauche déployée, le pied posé sur le genou du personnage opposé et la jambe droite repliée vers l’arrière, le pied est posé sur le côté interne.
Les bras allongés étreignent l’autre. Le visage a des traits délicatement sculptés: une petite bouche fendue avec de petites lèvres en saillie placée à l’extrémité du menton, un nez pointu et des yeux fendus en amande. De profil, le volume proéminent de la tête avec son front large et lisse, certainement rasé, s’équilibre avec l’imposante masse des cheveux, projetée vers l’arrière. Le buste est étroit et cylindrique mais la pose est très dynamique, les membres étirés donnant du rythme à la pièce. L’appuitête, sur une base rectangulaire élevée, est orné d’une bande de triangles incisés et surmonté par le coussin légèrement incurvé. Le tout est recouvert par une très belle patine brune lisse.
Le sculpteur qui a créé cet appui-tête était un artiste hors pair; son sens du volume et de l’espace vide lui a permis de créer une composition brillante avec une symétrie subtilement balancée. La virtuosité de son travail a toujours été très appréciée, à la fois par ses nobles utilisateurs originels mais également par les propriétaires occidentaux comme Charles Ratton qui ont bien compris qu’il s’agissait de beaucoup plus qu’un simple ustensile. Après avoir passé plus de cinquante ans dans le trésor de Madeleine Meunier, cet objet de prestige peut maintenant être le support des rêves de nouveaux amateurs.
Les autres transactions
supérieures à 50 000 € ou $
Elles proviennent très majoritairement de pièces originaires du Congo .
Les deux autres provenances également fortement valorisées sont l’Afrique du Sud et l’Océanie.
Appui-nuque Tsonga
AFRIQUE DU SUD-Zimbabwe
13 avr. 2022,
88 200 EUR
Appui-Tête Nguni
Afrique du Sud
21 mars 2018,
65 000 GBP
Appui-Tête Yaka
République Démocratique du Congo
15 déc. 2016,
95 000 EUR
Appui-Nuque Mfinu
République Démocratique du Congo
19 mai 2016,
74 000 EUR
Appui-Tête Yaka
République Démocratique du Congo
30 nov. 2010,
55 950 EUR
Appui-Tête Luba Shankadi
République Démocratique du Congo
4 déc. 2008,
54 750 EUR
Appui-Tête Tsonga
Afrique du Sud
5 déc. 2006,
74 400 EUR
Appui-Nuque Shona
Afrique du sud – Zimbabwe
30 juin 2001,
220 000 FRF
Appui-Nuque Luba
République Démocratique du Congo
18 nov. 2000,
81 250 USD
Appui-Tête
Bas-Sépik, Papouasie Nouvelle-Guinée
22 nov. 1996,
107 000 USD
Appui-Tête
Iles Fidji
19 mai 1992,
77 000 USD
Boîte / Appui-Tête Azande
République Démocratique du Congo
20 nov. 1991,
52 800 USD






















